Les ressortissants chinois en Europe : où vivent-ils principalement ?

La présence chinoise en Europe constitue l’une des principales diasporas asiatiques du continent. Elle est particulièrement concentrée dans quelques grandes économies d’Europe occidentale et méridionale, notamment l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

À l’échelle de l’Union européenne, les ressortissants chinois — Hong Kong compris dans les statistiques Eurostat utilisées ici — représentaient 3,9 % de l’ensemble des ressortissants de pays non membres de l’UE en 2023, ce qui plaçait la Chine parmi les principales nationalités extra-européennes présentes dans l’Union.

Classement des principaux pays européens

Les statistiques ne sont pas parfaitement homogènes d’un pays à l’autre : certains recensent la nationalité, d’autres le pays de naissance ou l’origine ethnique. Le classement ci-dessous privilégie donc autant que possible les données de nationalité et doit être lu comme un ordre de grandeur.

RangPaysRessortissants/personnes chinoisesAnnée / source
1🇮🇹 Italie≈ 309 0002024
2🇪🇸 Espagne≈ 226 7002024
3🇬🇧 Royaume-Uni≈ 180 000+ de personnes nées en Chine*2021/22
4🇩🇪 Allemagne≈ 163 0002024
5🇫🇷 France≈ 110 000–115 0002024/25
6🇳🇱 Pays-Bas≈ 50 7002024
7🇸🇪 Suède≈ 35 000ordre de grandeur
8🇵🇹 Portugal≈ 26 0002023/24
9🇨🇭 Suisse≈ 25 000ordre de grandeur
10🇧🇪 Belgique≈ 21 000ordre de grandeur

* Le Royaume-Uni est difficile à comparer directement avec les pays de l’UE car les statistiques disponibles sont souvent présentées selon le pays de naissance plutôt que la nationalité. Le recensement de 2021 comptait ainsi 182 375 personnes nées en Chine en Angleterre et au pays de Galles, auxquelles s’ajoutaient notamment les personnes nées à Hong Kong et à Macao.

Les chiffres disponibles confirment notamment l’importance de l’Italie : environ 308 984 citoyens chinois y résidaient en 2024. En Espagne, l’INE recensait 226 718 ressortissants chinois en 2024, contre 219 929 en 2023.

Pourquoi l’Italie est-elle devenue le premier pôle chinois d’Europe ?

La première place italienne est particulièrement intéressante. La migration chinoise vers l’Italie possède une histoire ancienne, mais elle s’est fortement développée à partir de la fin du XXe siècle.

La communauté s’est notamment implantée en Lombardie, en Toscane, en Vénétie et dans le Latium. Milan et Prato constituent deux pôles particulièrement connus.

Prato, près de Florence, est devenue emblématique de cette implantation. La ville possède une importante industrie textile et accueille depuis plusieurs décennies une communauté chinoise très importante, notamment originaire de la province du Zhejiang.

L’Italie combine ainsi plusieurs facteurs : industrie manufacturière, commerce de détail, restauration, entrepreneuriat familial et réseaux migratoires déjà bien établis.

L’Espagne : une communauté chinoise en forte progression

L’Espagne arrive également très haut dans le classement. Selon les données de l’INE, le pays comptait 226 718 ressortissants chinois en 2024, soit une légère progression par rapport à l’année précédente.

La communauté est fortement concentrée dans les grandes métropoles, en particulier Madrid et Barcelone.

L’immigration chinoise en Espagne s’est historiquement développée autour du commerce, de la restauration et des petites entreprises. Mais, comme dans d’autres pays européens, le profil migratoire s’est progressivement diversifié : étudiants, cadres, entrepreneurs, investisseurs et professions qualifiées occupent désormais une place plus importante.

Allemagne et France : des communautés importantes mais différentes

L’Allemagne constitue un autre grand centre de population chinoise. Les estimations disponibles situent la communauté autour de 163 000 personnes en 2024.

La présence chinoise y est particulièrement visible dans les grandes villes universitaires et économiques comme Berlin, Munich, Francfort et Hambourg.

Le profil migratoire allemand est également relativement diversifié : étudiants, chercheurs, ingénieurs, salariés de groupes chinois ou allemands et entrepreneurs constituent une part importante de la population chinoise.

En France, l’INSEE comptabilisait environ 112 000 ressortissants chinois en 2025, contre 110 000 en 2023.

La France présente toutefois une particularité statistique importante : une partie de la population d’origine chinoise possède désormais la nationalité française. Elle disparaît donc des statistiques basées sur la nationalité chinoise.

Autrement dit, le nombre de personnes d’origine chinoise vivant en France est nécessairement supérieur au nombre de citoyens chinois.

Le cas particulier du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni mérite une mention séparée.

Il existe une importante population chinoise au Royaume-Uni, notamment à Londres, Manchester, Birmingham, Liverpool et Glasgow. Mais les comparaisons statistiques sont compliquées par le fait que le recensement britannique distingue notamment le pays de naissance et l’origine ethnique.

En Angleterre et au pays de Galles, le recensement de 2021 enregistrait 182 375 personnes nées en Chine, auxquelles s’ajoutaient 121 428 personnes nées à Hong Kong et 2 489 nées à Macao.

Il serait donc trompeur de comparer directement ces 182 000 personnes avec les 309 000 « citoyens chinois » recensés en Italie : les deux chiffres ne mesurent pas exactement la même chose.

Une diaspora très concentrée dans les grandes villes

La géographie de la présence chinoise en Europe est loin d’être uniforme.

Les grandes communautés se concentrent principalement autour de quelques métropoles :

  • Paris et la région parisienne ;
  • Milan et la Lombardie ;
  • Madrid et Barcelone ;
  • Londres ;
  • Berlin, Francfort et Munich ;
  • Amsterdam et Rotterdam ;
  • Lisbonne ;
  • Stockholm.

Cette concentration s’explique par l’accès aux universités, aux emplois qualifiés, aux réseaux commerciaux et aux communautés déjà installées.

Aux Pays-Bas, par exemple, une étude universitaire estimait à 81 735 le nombre de personnes ayant un background chinois en 2024, chiffre qui inclut des personnes n’ayant pas nécessairement la nationalité chinoise.

Une population qui ne se résume plus au commerce et à la restauration

L’image traditionnelle de l’immigration chinoise en Europe est souvent associée aux restaurants, aux commerces de proximité, aux magasins de textile ou aux grossistes. Cette réalité existe toujours, mais elle ne représente qu’une partie de la diaspora actuelle.

Les nouvelles générations comprennent notamment :

  • des étudiants et chercheurs ;
  • des ingénieurs et informaticiens ;
  • des salariés de multinationales ;
  • des entrepreneurs et investisseurs ;
  • des professions médicales et scientifiques ;
  • des cadres travaillant pour des entreprises chinoises implantées en Europe.

Cette évolution accompagne l’intensification des relations économiques entre la Chine et l’Europe.

Une population difficile à mesurer précisément

Il faut enfin être prudent avec les chiffres.

« Ressortissant chinois », « né en Chine », « d’origine chinoise » et « ethniquement chinois » ne sont pas synonymes.

Une personne née en Chine qui obtient ensuite la nationalité française n’est plus comptée comme ressortissante chinoise. À l’inverse, un enfant né en France de parents chinois peut être français tout en étant d’origine chinoise.

L’exemple de l’Irlande illustre bien cette différence : le recensement de 2022 comptait 26 828 personnes se déclarant d’origine chinoise, alors que seulement une partie d’entre elles possédait la nationalité chinoise.

C’est pourquoi il n’existe pas un classement parfaitement incontestable de la « population chinoise » en Europe. Pour comparer les pays, le critère de nationalité est généralement le plus homogène, mais il sous-estime la diaspora au sens culturel ou familial.

En résumé

L’Italie apparaît aujourd’hui comme le principal pays européen pour le nombre de ressortissants chinois, avec environ 309 000 personnes, devant l’Espagne avec environ 227 000. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la France constituent également des pôles majeurs, tandis que les Pays-Bas, la Suède, le Portugal, la Suisse et la Belgique accueillent des communautés plus modestes mais significatives.

Au-delà des chiffres, la tendance de fond est celle d’une diaspora de plus en plus diversifiée, qui ne repose plus uniquement sur les réseaux commerciaux historiques mais également sur les études, les professions qualifiées, l’investissement et les activités des entreprises chinoises en Europe.

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